Trouble du spectre de l'autisme Mon témoignage

Ici, je témoigne de mon histoire et de ce que la reconnaissance intérieure de cette particularité a changé dans ma vie, pour le meilleur.

Audrey Lehy

2/25/20266 min read

Troubles du spectre de l’autisme, mon témoignage

C’est à 39 ans que j’ai découvert mon TSA (trouble du spectre de l'autisme) suite à un burn-out.

Celui-ci a été un cadeau, une vraie bénédiction pour que je puisse prendre le temps de comprendre mon fonctionnement, accepter mes limites et reconnaître mes besoins et apprendre à être telle que je suis lorsque je suis en interaction sociale.

Ce témoignage est ici pour aider ceux et celles qui portent cette particularité à se reconnaître afin de pouvoir se sentir libres d’être et s’aimer enfin tels qu’ils sont au coeur même de leurs sensibilités.

Lorsque j’étais petite, mon autisme se traduisait de différentes façons :

Les étiquettes des vêtements me grattaient, je ne supportais pas les matières synthétiques, j’avais de nombreuses allergies (pollen, aliments, poils d'animaux, acariens, poussières, fruits de mer, médicaments…), j'avais également une anxiété sociale très présente, qui se traduisait par une difficulté à parler aux autres ou à me sentir sur la même longueur d'ondes qu'eux.

Je faisais très régulièrement des crises d'angoisse, jusqu’à parfois faire des malaises lorsqu'il y avait trop de monde autour de moi, surtout dans les transports en commun et dans les grands magasins et j'avais très souvent le besoin de m'isoler et de rester dans le noir total lorsque je rentrais de l'école.

Je ne supportais pas manger certains aliments de certaines couleurs ou de certaines formes, et alors la viande et les animaux, n'en parlons pas…

Certains bruits m'étaient insupportables (c'est aujourd'hui toujours le cas), et là où d'autres pourraient poursuivre des conversations malgré le bruit, pour moi, c'était difficile… Cela pouvait me mettre dans un état d'alerte interne intense dans lequel je ressentais une grande insécurité.

J’observais tout, tout le temps, je ne disais rien, mais il se passait un million de choses dans ma tête et dans mon corps.

Mon passage à l'école a été compliqué, car ma façon d’organiser et de traiter les informations n'était pas logique, et il m'était difficile d'apprendre par cœur et de me concentrer longuement. Au tout début du lycée, je n'ai pas pu terminer ma scolarité ; j'ai eu des aménagements pour certaines matières et j'ai fini par étudier par correspondance.

J’avais également des Tocs ( moins nombreux à ce jour) , mais la plupart n'étaient pas visibles. Je me répétais certaines phrases en boucle pour me rassurer sur certaines situations. Et dès que j'avais été en relation avec quelqu'un, je repassais l'échange dans ma tête pendant des heures, voir des jours, pour être certaine de n'avoir rien dit de travers.

Je ne pouvais pas aborder les choses simples de la vie comme la plupart des autres enfants. Aller à un goûter d’anniversaire me demandait une préparation psychologique et émotionnelle intérieure.

En grandissant, j’ai caché ça et je me suis mise à être un véritable caméléon. Lorsque j’ai été majeure, j’ai découvert l’alcool et les drogues et grâce à ça, je pouvais faire comme tout le monde. Absolument tout ! Mais lorsque je suis tombée malade, il a fallu que je cesse toutes ces drogues, et tous mes troubles autistiques sont alors remontés à la surface, bien plus intenses qu'auparavant.

C'est dans la dimension sociale que c'est devenu très compliqué, et j'ai commencé à me renfermer sur moi-même. Le peu d'évènements extérieurs, comme un apéritif ou une soirée chez un ami, me demande plusieurs jours de préparation, et il arrive que malgré cela je ne me sente pas capable d'y aller au dernier moment…

Chaque événement situé à l’extérieur de ma maison était un défi de chaque instant (et encore souvent à ce jour).

Aujourd’hui, grâce aux différents témoignages des uns et des autres, aux rencontres que j'ai pu faire, au travail effectué avec ma psy sur ma sensibilité, aux guidances et révélations que j'ai reçues en moi, j'ai pu enfin me reconnaître.

Me reconnaître… le cadeau ! Me comprendre, m'aimer tel que je suis, car toutes les pièces du puzzle sont enfin emboîtées.

Maintenant, je prends en compte mes besoins et envies, car il n’est plus question de m’adapter.

J'ai besoin d'énormément de temps seul, de silence et surtout de contact avec les animaux, car le règne animal m'apaise et me réconforte.

La nature et les animaux sont mon sanctuaire. Je ne sais pas comment l'expliquer mais grâce à eux, je suis pleinement moi-même dans tous les espaces de mon être.

(Je suis très reconnaissante envers ma mère d'avoir compris cela quand j'étais petite et de m'avoir entourée d'animaux pour mon plus grand bien, car ça a été clairement ma bouée de sauvetage.)

Et puis, dans mon histoire, j'ai tout de même un autre très, très grand cadeau qui est arrivé dans ma vie : mon compagnon Damien.

Il porte un TDAH et, au début, même si nous nous comprenions socialement parlant, il y avait bien des choses où nous étions très différents dans nos fonctionnements.

Il nous arrivait de nous disputer très fort dans ces moments-là.

Jusqu’au jour où nous avons pu reconnaître son TDAH quasiment au même moment où je reconnaissais mon autisme.

Avec le recul, je trouve incroyable que nos deux formes de sensibilité se soient attirées, et je suis dans une grande gratitude pour cela.

Je me sens très heureuse d’être avec lui, car nous avons parfois des comportements d’enfants ou des manières d’être qui pourraient paraître bizarres aux yeux des gens, mais ensemble, nous nous comprenons, et elles sont naturelles pour nous et nous pouvons vivre l'un avec l'autre sans filtres.

C'est un soutien inestimable.

Ma sensibilité, je la mets au service de la Source en écrivant, en réalisant des films et à travers l’art.

J’aime dessiner, créer, danser, chanter, jouer de la musique, et c’est une façon d’exprimer ma sensibilité.

Sensibilité me permet également d'avoir des informations précises sur les environnements et les personnes qui m'entourent. Ce flow d'informations m'a grandement aidé à guider, à accompagner et à collaborer à la guérison de certaines personnes que j'ai rencontré.

Je fais de l'autisme une grande force du mieux que je peux. Et j'encourage chacun à le voir ainsi plutôt qu'un handicap.

Si j’écris ce témoignage, c’est parce que j’aurais aimé pouvoir me reconnaître plus tôt. Car j'ai commencé à vivre plus véritablement seulement depuis que je me suis reconnue comme autiste.

Alors, si vous avez des enfants pour lesquels vous avez des doutes sur leur fonctionnement, ou si vous-même vous ressentez avoir des particularités qui méritent d'être étudiées, reconnues, vues, alors je vous invite à vous renseigner, à lire et à écouter différents témoignages sur le sujet.

Pour ma part, je ne me suis pas fait diagnostiquer, mais je sais que cela peut être important aux yeux de certaines personnes.

Pour moi, l’important était de me reconnaître moi-même. Mes fonctionnements étaient tellement flagrants que je n’ai pas ressenti le besoin de le faire. De plus, c’est un coût financier ; il faut pouvoir en avoir les moyens.

Cela dit, si pour vous c’est quelque chose de très important, je vous encourage vivement à le faire. C’est à vous de savoir ce qui est bon pour vous et ce dont vous avez besoin.

Souvenez-vous que personne n’est dans votre peau, ni dans vos baskets : personne ne peut vous dire qui vous êtes, c’est vous, et seulement vous.

Et au fond, vous le savez.

J’ai créé un film documentaire sur la sensibilité pour tous les hypersensibles, pour tous ceux qui portent un TDAH ou un TSA, pour toutes ces formes de sensibilité, et je vous le partage en lien ici. En espérant qu’il mette de la douceur dans votre cœur et qu’il vous encourage à partager ce que vous êtes, car le monde a besoin de gens sensibles.

Je crois même que c’est ce qui va permettre à l’humanité de se révéler dans toute sa beauté.

Je nous aime.

AuDreY.